Le dôme de la Société des arts technologiques (SAT) devient le décor d’une plongée satirique dans la vie professionnelle. Présenté par La Presse le 31 octobre 2026, Formation obligatoire est un film d’animation conçu pour une projection à 360 degrés. Le projet est né d’une résidence menée à la SAT environ un an auparavant par les artistes Junior Vigneault et Vénus Grivegnée.
Le point de départ du récit est aussi visuel que symbolique : un fœtus flotte dans une vaste poche vaporeuse, sur un fond rouge, comme un voyageur isolé dans l’espace. Les battements de son cœur rythment la scène, tandis que les sons de l’environnement lui parviennent. Quelques instants plus tard, une vidéo promotionnelle prend le relais pour préparer cet humain à sa future existence de salarié.
Une initiation absurde à la vie de bureau
Le personnage est alors introduit à une série de situations professionnelles reconnaissables : tâches administratives, classement de documents, échanges dans les encadrements de portes, réunions sur Zoom et consommation de café, présenté comme un carburant de la performance. Une responsable s’adresse à un subalterne dans une scène où le vocabulaire de l’optimisation se mêle à une musique techno. La satire repose sur le décalage entre le ton promotionnel de cette formation et l’absurdité des comportements décrits.
« On voulait parler des enjeux actuels du monde du travail. L’anxiété, la performance, la surveillance. »
Dans les propos rapportés par La Presse, les deux créateurs relient directement cette situation à l’évolution des technologies. Selon eux, la séparation entre l’activité professionnelle et la vie quotidienne devient plus difficile à maintenir. Les outils numériques accélèrent les échanges et prolongent les habitudes de travail, tout en installant une situation paradoxale : les individus semblent constamment mobilisés, sans être toujours officiellement en train de travailler.
Un collage d’images et de dialogues
La forme du film accompagne cette réflexion. Plusieurs personnages sont construits à partir d’images en 3D, c’est-à-dire de représentations numériques en trois dimensions, puis superposés aux décors comme dans un collage. Les dialogues sont diffusés sans que les bouches des personnages ne s’ouvrent. Ce choix rapproche l’œuvre des romans-photos satiriques des années 1960, tout en l’inscrivant dans un dispositif contemporain conçu pour envelopper le public.
- Dispositif : une projection panoramique à 360 degrés dans le dôme de la SAT.
- Technique visuelle : des personnages en 3D intégrés à des décors par superposition.
- Thèmes : anxiété, recherche de performance, surveillance et brouillage entre travail et vie privée.
- Parcours des créateurs : Junior Vigneault et Vénus Grivegnée ont également réalisé des vidéoclips et des courts métrages.
Cette production ne présente donc pas la technologie comme un simple outil de mise en scène. Elle l’utilise pour interroger les habitudes qu’elle contribue à installer : réunions à distance, circulation permanente des consignes et langage de l’efficacité. Le choix d’un environnement immersif renforce ce propos, puisque le spectateur est placé au centre d’un univers professionnel qui déborde largement l’écran classique.
Le numérique comme sujet artistique
Avec Formation obligatoire, la SAT accueille une œuvre qui associe animation, images numériques et projection immersive à une observation du quotidien. Le film ne décrit pas un secteur professionnel particulier ; il met plutôt en scène une culture du travail devenue familière, dans laquelle la connexion, la disponibilité et la mesure de la performance occupent une place centrale. L’humour permet ici de rendre visibles les tensions liées à ces usages sans dissocier les outils numériques des effets sociaux qu’ils produisent.