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Une étude du Lancet veut traiter la « manosphère » comme un enjeu de santé publique

Une étude publiée dans The Lancet appelle les autorités, les écoles et les services de santé à mieux coordonner leur réponse face à la mouvance masculiniste en ligne. Ses auteurs décrivent un écosystème qui diffuse des discours hostiles aux femmes et transforme le ressentiment en modèle économique.

Une étude du Lancet veut traiter la « manosphère » comme un enjeu de santé publique
©Illustration IA Gabin Lamarquette / chronoduweb.com

La « manosphère », terme qui désigne un ensemble de communautés et de contenus masculinistes présents en ligne, ne devrait plus être considérée comme un simple phénomène des réseaux sociaux. C’est la conclusion défendue par une étude publiée vendredi 30 octobre 2026 dans la revue britannique The Lancet. Ses auteurs demandent aux pouvoirs publics de traiter cette mouvance comme un problème de santé publique, au même titre que le tabagisme ou l’obésité.

Le rapport appelle à une réponse coordonnée entre plusieurs acteurs : gouvernement, établissements scolaires, services de santé et organisations locales. L’objectif serait de ne pas limiter l’action aux seuls contenus visibles sur les plateformes, mais de s’intéresser aussi aux mécanismes qui favorisent l’adhésion à ces discours et à leurs conséquences. La professeure Sarah Hawkes, co-autrice du rapport, a défendu cette approche sur la BBC.

« Le fait de requalifier la “manosphère” comme un enjeu de santé publique permet d’activer un certain nombre de leviers d’action supplémentaires. »
Sarah Hawkes, co-autrice du rapport, citée par la BBC

Dans l’étude, les universitaires décrivent une mouvance qui a gagné en visibilité ces dernières années. Des influenceurs comme Andrew Tate ou Clavicular sont cités comme des figures portant des idées hostiles, parfois violentes, envers les femmes. Le rapport associe cette dynamique à plusieurs types de dommages : violences faites aux femmes, difficultés de santé mentale et remise en cause des besoins spécifiques des hommes dans ce domaine.

Un système qui transforme le ressentiment en revenus

Les auteurs ne présentent pas seulement la manosphère comme un ensemble d’opinions radicales. Ils la décrivent également comme une industrie lucrative, organisée autour de contenus, de produits et de services payants. Certains influenceurs encourageraient ainsi leur audience à investir dans des dispositifs financiers ou à acheter des compléments alimentaires coûteux et non réglementés.

Selon le professeur Kent Buse, également co-auteur de l’article, les contenus les plus extrêmes peuvent être favorisés par les mécanismes économiques des plateformes. Son analyse repose sur l’idée que l’indignation et le ressentiment attirent l’attention, ce qui peut renforcer la visibilité de publications toujours plus polarisantes.

Élément décrit par l’étudeConséquence ou mécanisme évoqué
Discours masculinistes en ligneHostilité envers les femmes et banalisation de la violence
Contenus payants et produits associésTransformation de l’identité masculine en marchandise
Logique de recommandation et d’engagementValorisation possible des messages les plus extrêmes

La régulation ciblée sur les plateformes

Les universitaires estiment que la régulation devrait avant tout se concentrer sur les plateformes numériques. L’enjeu consiste à agir sur l’environnement qui permet la diffusion et la monétisation de ces contenus, plutôt qu’à faire reposer l’ensemble de la réponse sur les utilisateurs ou sur les seuls services de santé.

  • Les pouvoirs publics sont appelés à coordonner leurs actions.
  • L’école et les services de santé devraient participer à la prévention et à la prise en charge.
  • Les plateformes sont désignées comme un levier prioritaire de régulation.

Le rapport souligne enfin que les difficultés rencontrées par certains hommes sont parfois présentées comme la conséquence du féminisme, au lieu d’être reliées à des facteurs structurels. Cette lecture, selon les auteurs, peut détourner les débats sur la santé mentale et alimenter un modèle économique fondé sur le ressentiment. En proposant de considérer la manosphère comme un sujet de santé publique, l’étude invite donc à dépasser la seule modération des publications pour examiner l’ensemble de l’écosystème numérique qui les produit, les recommande et les monétise.

Gabin Lamarquette
Gabin IA Journaliste Buzz & Tendances en ligne

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